Accueil   L’Association   Agenda   Contact     Submit  
 
 

 

1. A t-on retrouvé la Maison Royale de François 1er ?

Journal La Montagne, D. Chifflot (septembre 2006) : "La municipalité de Chevagnes a acquis dernièrement un terrain qu'elle destinait à lotissement. Or, sur une partie du terrain, ont été retrouvées les traces de constructions anciennes qui font l'objet d'un examen de la DRAC. Un coup d'œil sur le cadastre Napoléonien montre qu'à l'époque, les ruines d'un château avec pont-levis, entourées de douves alimentées par un étang voisin étaient encore visibles et bien tracées. Grâce aux archives, on peut retrouver des indices dans l'histoire du village de Chevagnes, dont on a oublié qu'il fut un des terrains de chasse favori des grands de l'époque.

Les documents et cartes du 18e siècle désignent généralement Chevagnes sous le nom de Chevaignes ou Chevanne « le Roy » en souvenir d'une maison royale édifiée par François de Valois-Angoulème, roi de France, maître de Chevagnes et du Bourbonnais.

 

En remontant un peu en arrière, on sait que le duc de Bourbon Louis II détenait le fief de Chevagnes en seigneurie directe : en 1384, il achète avec son épouse Anne, Dauphine d'Auvergne, une place pour y construire une maison. Ce modeste « hostel » ne peut correspondre aux ruines car il était situé dans Chevagnes, près du pont qui relie la place de l'église à la Madeleine, au bord de l'Acolin, sur la rive droite, entre la rivière et le chemin de Paray-le-Frésil.

La duchesse Anne de Beaujeu en hérite et en fera don mais, la même année, la duchesse achète sur la rive gauche de l'Acolin un domaine au seigneur de « la Motte-de-Chapeau », domaine qui revint plus tard entre les mains du Connétable et de son épouse Suzanne.

Des lettres datées de 1516 prouvent qu'ils y avaient une résidence. Les ruines retrouvées récemment correspondent-elles à cette résidence ? Certes, le Connétable fit édifier entre la Motte et l'Acolin une construction dont on ignore d'ailleurs l'état d'achèvement lors de sa fuite en 1523. Mais il s'agissait surtout d'un rendez-vous de chasse. Les biens du Connétable furent confisqués au profit de la royauté et François 1er séjourna à Chevagnes en février-mars 1538, au lendemain de la trêve de Monçon qui suspendit sa lutte contre Charles-Quint. Il fit reprendre les travaux, mais cette fois sur un emplacement voisin.

Marie Litaudon cite dans les archives du Château de la Fin,un « dénombrement des héritages qui composent le domaine de laMothe », document établi dans la seconde moitié du 18e et qui mentionne deux corps de bâtiments : d'une part un grand corps de logis, des granges, une cour autrefois entourée de murs, (…) le tout environné de fossés, constituant le château de la Motte qui fut la Maison Royale de François 1er. A côté, entre les fossés du château et la rivière d'Acolin, une «motte couverte de broussailles portant des vestiges d'habitation, avec fossés, levée», vraisemblablement le pavillon du Connétable. On a une idée plus précise de ce à quoi ressemblait la Maison Royale de François 1er grâce à l'état des lieux dressé en 1656 par les experts du roi Louis XIV, d'un château qui semble correspondre aux ruines retrouvées récemment : la Maison Royale est entourée de fossés alimentés par une dérivation de l'Acolin, on y accède par l'ouest par un portail ouvrant sur une cour de 21 toises de long sur 15 de large (soit 41 m sur 30 m environ). Le corps principal d'habitation situé au nord de la cour a trois étages de chacun cinq pièces. A l'est et à l'ouest se dressent d'autres logis avec dépendances, granges, écuries et remise. Au sud, pas de construction,seulement une muraille laissant la vue sur un étang et les bois.

Avec un peu d'imagination, on peut imaginer le décor des battues royales données à Chevagnes. La vie et le mouvement, l'éclat de la Maison du Roi avec ses centaines d'archers français et écossais, la foule de gentilshommes attachés à son service, à la maison de la Reine, mais aussi de la riche dauphine Catherine de Médicis, nièce du Pape Clément. Tout le personnel des cuisines, des chasses, des écuries s'affairant pour préparer les repas et les chasses. François 1er séjourne pour la dernière fois à Chevagnes en 1546, un an avant sa mort et y signe d'ailleurs des « lettres royaux ». On pense que le Roi Henri II chassera encore à Chevagnes à l'occasion de ses séjours à Moulins, en particulier en 1548, à l'occasion du mariage de la célèbre Jeanne d'Albret, puis, plus longuement, Catherine de Médicis, entre 1560 et 1568, car Nicolas de Nicolay précise que « la grande garenne de Chevagnes n'est pas baillée à ferme (...) car elle est réservée pour les plaisirs de Monseigneur le Duc.

Le Duc du Bourbonnais a 18 ans, c'est le jeune frère du roi Charles IX et le préféré de sa mère. Par la suite, le château sera entre les mains d'un « capitaine du chastel et parc de Chevagnes ». Il est encore habitable et habité sous Henri IV et sous Louis XIII, date où l'on commença à l'appeler « La Motte » en souvenir du pavillon édifié par le Connétable. Mais quand, lors de son passage à Moulins, Louis XIV en fait don à la reine-mère Anne d'Autriche et à la duchesse de Montmorency retirée à la Visitation de Moulins, le château est en un triste état. Le domaine cependant a gardé de sa valeur et fera l'objet de multiples transactions.

Quoiqu'il en soit, les ruines retrouvées illustrent le passé trop souvent oublié de Chevagnes, une époque où le village – certainement stupéfait – a vécu au rythme et dans le faste de la Maison Royale, et on attend avec impatience le résultat des fouilles entreprises par la DRAC". .

2. Une habitation seigneuriale fortifiée des XIIIe et XVIe siècles mise au jour.

Journal La Montagne, D. Chifflot (décembre 2007) : "Grâce aux premiers prélèvements et aux photos aériennes, les archéologues s'attendaient à trouver quelque chose à Chevagnes. Mais pas à une telle découverte ! Un site d'un type peu connu, beaucoup plus complexe que la motte castrale à laquelle ils s'attendaient, et dans un état de conservation exceptionnel.

Avec leurs pelleteuses, ils ont mis au jour un site médiéval daté début XIIIe et fin XIVe. Donc bien antérieur à l'époque du passage de François 1er mentionné par Marie Litaudon. Il s'agit d'une structure circulaire abritant une habitation seigneuriale en bois et terre, fortifiée par un fossé de 10 m de large sur 2 m de profondeur. Le bâtiment a visiblement brûlé. Les poutres et les déblais incendiés ont été jetés dans le fossé. Une bénédiction pour les archéologues puisque l'humidité les a conservés. Les chercheurs ont pu retrouver, entre autres, des tavaillons (tuiles de bois), une panne sablière (poutre du toit taillée), etc. Le plus spectaculaire a été le pont d'accès, conservé quasiment dans son intégralité avec les poteaux encore plantés et les planches tombées sur le fond. Tout ce matériel permettra aux archéologues de restituer avec exactitude les techniques de construction et le plan de la maison complète.

Des céramiques, des fers à cheval, un boulet de pierre, des chaussures en cuir et une herminette (outil de charpentier servant à tailler les poutres) ont également été retrouvés sur le site, tout comme du matériel tendant à prouver que l'endroit servait à la production de fer. Les rejets permettent en effet de comprendre que les gens allaient chercher le minerai sans doute pas très loin et utilisaient des bas fourneaux pour extraire le fer qui était ensuite travaillé ailleurs par des forgerons. Là encore, le site est d'une grande richesse car l'extraction du fer est une technique relativement compliquée dont on a peu de traces. Les objets trouvés et les prélèvements réalisés sur le site de Chevagnes vont donc permettre aux archéologues d'apprendre beaucoup de choses sur l'artisanat du métal au Moyen Age.

Chaque objet trouvé a été répertorié et sera analysé, tout comme les nombreux prélèvements. On compte ainsi retrouver l'origine du minerai travaillé sur le site. Les morceaux de céramique seront étudiés par un spécialiste qui va déterminer la date et la fonction des céramiques par comparaison avec du matériel déjà connu. Nombre de questions trouveront ainsi une réponse : S'agit-il de vaisselle ou de bocaux de conservation ? Le site était-il un site noble ou paysan ? Urbain ou non ?

Un spécialiste des pollens est aussi intervenu et ses prélèvements vont lui permettre de déterminer le "couvert" immédiat mais aussi sur plusieurs kilomètres et de répondre à la question suivante : le site était il forestier ou cultivé ?
Ces informations ont fait l'objet d'un rapport qui sera largement diffusé car le chantier devrait alimenter la recherche archéologique nationale et internationale sur la vie au Moyen Age".

3. Les maisons fortes du bas Moyen Age à Chevagnes

Plaquette réalisée et éditée par l’INRAP (Institut National de Recherches Archéologiques Préventives) à l’issue des fouilles réalisées à Chevagnes. Site internet : www.inrap.fr

Voir la plaquette en pdf

                                                                                                                                                                                              

4. Un pont levis à flèches unique en Europe

Septembre 2012. Sébastien Gaime et Fabrice Gauthier, archéologues ayant mené la campagne de fouilles sur le site de Tronçay, sont venus donner une conférence à Chevagnes, le vendredi 7 septembre, à l’invitation de notre association.

Les archéologues ont d’abord présenté leurs méthodes et moyens de travail, des fouilles proprement dites jusqu’à la recherche de documentation et études d’archives, en passant par les différents types d’analyses et services afférents.

Plusieurs plans représentant la configuration probable du site : les différents enclos, les zones fouillées et celles non explorées, la maison fortifiée, les enceintes et fossés, la basse-cour, la passerelle d’accès, etc., ont été projetés.

Mais l’élément le plus exceptionnel de Tronçay est sans nul doute la passerelle d’accès à la maison : Un pont-levis à flèches avec tablier mobile, dont on a retrouvé plus d’une centaine de pièces in situ, dont certaines totalement inédites et dans un état de conservation exceptionnel ce qui en fait, pour les archéologues, une découverte majeure et unique. Les analyses dendrochronologiques permettent de dater avec certitude la construction de ce pont à l’hiver 1359/1360.

Une barrière à contrepoids pivotante donnait accès au tablier mobile qui se relevait grâce à un système de contrepoids et de flèche très innovant pour l’époque. Aux dires de Sébastien Gaime, la barrière d’accès semble d’ailleurs bien rudimentaire et contraste vraiment avec le mécanisme très perfectionné du pont !

Des images en 3D du pont-levis reconstitué par les élèves ingénieurs de l’Institut Français de Mécanique Avancée ont été projetées. Des élèves qui continuent de travailler sur le pont-levis de Chevagnes puisqu’il n’a pas encore révélé tous ses secrets, notamment quant à l’assemblage de certaines pièces entre elles puisque tous les éléments n’ont pu être retrouvés sur place.

Un pont-levis qui n’a pas fini de faire parler de lui… D’autant plus qu’un projet de construction à l’échelle 1 est en pourparlers avec un lycée professionnel de la région Auvergne. Des maîtres artisans du chantier médiéval de Guédelon pourraient être associés ou consultés. Une fois achevé, ce pont-levis serait ensuite transporté et installé dans un site approprié.

5. Maquette du pont levis

Janvier 2014. Les projets évoqués avec les archéologues de l’INRAP lors de leur conférence à Chevagnes ont bien avancé. Un accord signé avec le lycée technique de Riom a en effet permis la réalisation d’une première maquette à l’échelle 1/4e du pont levis mis au jour à Chevagnes en 2007. Seize élèves de CAP charpentier-bois ont travaillé pendant deux ans en concertation avec l’INRAP et ont livré cette restitution fidèle fin janvier 2014 (voir article de presse). Une restitution qui a également permis d'apporter des réponses aux questions restées en attente quant au fonctionnement global de l'ouvrage dans la mesure où l'intégralité des pièces du mécanisme n'avaient pu être retrouvées sur le site. Prochaine étape, la construction d'une réplique grandeur nature...

Juin 2014. C’est fait ! Une réplique grandeur réelle du pont levis à flèches découvert à Chevagnes a été réalisée par les élèves de « CAP charpente » du lycée Pierre-Joël-Bonté de Riom, sous la conduite des archéologues de l’INRAP. Cette réplique est installée depuis l’été 2014 au château de Murol dans le Puy-de-Dôme (voir article de presse).

Novembre 2015. Christel Fraisse et Sébastien Gaime sont venus donner une nouvelle conférence entièrement consacrée au pont-levis à flèches. Le pont-levis a fait l’objet de la publication d’une plaquette spécifique L’occasion de présenter la maquette au 1/5e réalisée par le lycée polyvalent Pierre-Joël Bonte. Ils ont détaillé le processus de fabrication de la deuxième maquette, à taille réelle, qui a été installée au château de Murol. CSB envisage une sortie au château de Murol, Sébastien Gaime s’étant proposé de nous y accompagner pour une visite guidée et démonstration du fonctionnement du pont-levis. (voir article de presse).

 
  Maquette du pont levis 1/5eme Plaquette de l'INRAP

 

 

 

Copyright Pixsyde