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LE PATOIS DE LA SOLOGNE BOURBONNAISE

A partir de 2008, des membres de l'association se sont réunis régulièrement en séances de travail au sein de la Société d'Emulation du Bourbonnais, à Moulins. L'objectif de ces séances était l'étude du patois de la Sologne Bourbonnaise. Les mots utilisés par cette langue orale disparaissent peu à peu, au fur et à mesure du renouvellement des générations et du brassage des populations. Dans un avenir proche, ce vocabulaire aura complètement disparu. Il paraissait donc urgent de pérenniser ces mots en les collectant dans le but d'éditer un "dictionnaire". Pour ce faire, les "chercheurs" ont eu recours aux anciens ayant toujours vécu dans cette région du Bourbonnais située à l'Est de Moulins
Cet atelier « patois de la Sologne bourbonnaise » a d'ailleurs fait l’objet d’un reportage sur TF1, dans le cadre d’une enquête sur les langues régionales, diffusé le 6 janvier 2009 dans le journal de 13 heures.

Ce travail de longue haleine est à présent terminé. L'ouvrage ainsi réalisé s'intitule : "Mémoires du patois de Sologne bourbonnaise. Langage et société".

Paru en novembre 2012, bien que la souscription soit achevée, l'ouvrage de 336 pages est toujours disponible auprès de la Société d'Emulation du Bourbonnais, ou en s'adressant à notre association. Il est également en vente dans les librairies moulinoises.

Afin de promouvoir ce magnifique ouvrage, CSB a organisé, samedi 1er février, une "soirée patois", réunissant une grande partie des auteurs, sous la présidence de Mme Sylvie Villate, présidente de la Société d'Emulation du Bourbonnais. Les associations ayant participé à l'élaboration de cette "encyclopédie" du patois de Sologne Bourbonnaise étaient toutes représentées : Amis du Musée rural de Sologne Bourbonnaise, La Jimbr'tée, Neuilly-le-Réal Hier et Demain, Société d'Emulation et, bien sûr, CSB.

Origine du projet, méthodes de travail et nombreuses anecdotes ont émaillé cette soirée qui s'est terminée par quelques "ch'tites histoires en patois" énoncées par notre secrétaire Robert Thaveau.

Quelques images de la soirée patois du 1er décembre 2012


CH’TITE HISTOIRE EN PATOIS

"J’va vous raconter une histouère qu’sest passée à La Chapelle aux Chasses en Sologne Bourbonnaise v’là ben au moins 150 ans.

Y’avait au bout du bourg un houme nommé Arsène. Al habitait une ch’tite maison vè l’église, toute neuve à c’tépoque vù qu’l’aute s’était abrasée à la Révolution.

C’était l’bijiji du village mais al’avait une aut’activité ben pù prenante : y « pansait » l’monde. Ca en v’nait d’partout. Paraît que rien en m’rgounnant des marmoins, y rendait les b’rdins pù intelligents et y a des fois qu’y’avait gros à faire !

Un jour, le Tienne de « Montapeine » va l’voir en l’y disant qu’al était aquené depuis la bonne Dame : lui qu’était le roi du gouyard, y pouvait même pù le l’ver pour raper la trace, pas pù qu’magner les gerbes pour faire les teurziaux.

L’Arsène y’a dit qu’fallait prendre, à l’heure où qu’les côs s’abergent, une décoction à base de goutte de b’rlosses et d’venin d’verpi, pis ensuite aller à la source Sainte Anne les trois gnuits d’été d’pleine lune et y boire trois verres d’eau.

Au « Bois Piou », l’Eugènie qu’on appelait la « Génie » s’lamentait. Depuis quéqu’temps, v’là qu’elle s’est r’trouvée la figure en feu, pleine de quetouffes, toute g’rnolée. La pauv’gate r’semblait à un épouvantail à oyasse. Al va voir l’Arsène. Il y a prescrit un masque d’beauté (comme on dit mainten’ant). Fallait faire macérer dans d’leau bénite des feuilles d’aubier, des lappes, de l’ourtie cueillie à la rosée et des feuilles de verziaux. Ensuite, al devait s’rendre à la fontaine Sainte Anne les trois gnuits d’été d’pleine lune en passant par le « Moulin Bouquet » pour s’tremper les pieds dans l’Acolin. A la sainte Anne, fallait qu’elle se trempe le feugnon dans l’eau par trois fois.

Les résultats ont été au d’là des espérances.La quetouffe du visage d’la Génie s’est déplacée pù bas, le Tienne était r’zippé du ghiabe et l’curé les a vit’ment mariés pacqu’un bouinat s’est annoncé .Y z’avaient, comme on dit, fêter Pâques avant les rameaux ".

.Les limites géographiques du territoire Sologne bourbonnaise sont depuis lors très discutées, à tel point qu’il est bien difficile d’en délimiter les contours de manière précise…
La Sologne bourbonnaise, terre d’équilibre entre cultures, prairies, bois et étangs. Terre de richesses.

Petit lexique à l’intention des « étrangers » :

Abrasée : écroulé ; bijiji : rémouleur ; pansait : soignait ; m’rgounnant des marmoins : marmonnant des prières ou incantations ; B’rdin : idiot, simple d’esprit, niais ; aquené : très fatigué, las ; Gouyard : serpe à manche ; râper la trace : tailler la haie ; Les côs s’abergent : les dindons se perchent ; B’rlosse : prunelle sauvages ; Verpi : vipère ; quetouffes : cloques ; G’rnolée : vérolée; Gate : fille ; Oyasse : pie ; Lappes : bardane ; Verziaux : osier ; feugnon : nez ; R’zippé :allé mieux ; ghiabe : diable ; bouinat : bébé.

 

 

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