Un patois

Un patois

Chez nos voisins

En Forterre

Extraits de “Nouveaux fabliaux rustiques bourbonnais”, de Marie Didier, paru aux Imprimeries réunies en 1942.

La jalouseté

Le père Jules é ben mal’rheux,
Al a jamais la paix cheu ieux ;
Sa fene é folle de jalouseté,
Al en é tout l’temps dévoré.
Faut pas qu’a cause à la fermière,
Ni qu’al argarde la meunière,
Des fois qu’ça passe un coutillon,
Faut qu’a se bouche l’œil enqu’du coton.
Hardi ! sa fene se boule la tête,
L’é là que roumine des idées bêtes,
L’en devient piquante keme un ortie,
Mordante telle qu’une vrepie ;
Faut l’entendre évrener le paur vieux :
L’é en colère, l’sai pu ce qu’al dit :
« Argarde-toi, vieux mal crépi,
Dans ton miroué, vieille canaille,
T’é laid, te fait peur à la volaille,
Vieux ramasseur de greutes tombées,
Que zieute tout l’temps les effrontées.
Je t’ai épité par la lucarne,
Quand t’as rencontré la Marianne
Que portait sa citrouille au marché.
Sûr, qu’te li en a raconté ! …
Faut pas que l’pourte queuqu’chose de lourd,
L’é ben trop bien faite pour l’amour ! ….
T’y a mis sa citrouille en brouette
Et te l’as roulée tout le long de la rouette ;
Vé pas pour moué qu’t’érun fai ça,
I créverun ben qu’t’y penserun pas ! »

Et quand ou é fini, ou recommence,
Sûr que l’paur Jules fait peunitence.
Al a pas l’ème de s’défendre,
Al é d’obligé de tou y entendre.
Ou z’y a ben des mournifes perdues…
Ou serun moué, i taperun dessus.
 

Glozaire. Rouette : petit chemin ; vrepie : vipère; mournifes : calottes.

Les roses après la pleu

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est ROSE-APRES-LA-PLUIE.jpg.

Par l’soulé, qu’i essian donc belles,
Ceux roses mousseuses, contr’le portal,
I s’fringuion coume des d’mouéselles,
Attifées pr’aller au bal.
Ah ! I avian fiance en ieu beauté,
I s’disian : ou durera trejou
Qu’les parpillon ébrieutés
Vindront virer à l’entour de nous…
Seulement… ou é venu un agâ d’iau
Qu’a fait tomber ieu collerettes,
Le ciel s’é vidé à pleins siaux,
Sans pitié pour ceux paurs rosettes…
A c’t’heure, i esson ébouriffées,
Ieux besugnes sont tombées à terre
Comme si la procession passée
Avô vidé toutes ses pagnères !
Dame ! Les parpillons sont partis
Faire un tour dans les autres jardins,
I aimont pas les roses déflories
Mais les roses avon dô chagrin.
 

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